Aurore Gillmann, élue à Suresnes, ouvre une réunion débat qui se veut avant tout informative : Grand Paris, métro grand huit, EPAD, extension de La Défense, ville de l'après-Kyoto...tous ces projets concernent nos territoires. Mais pour quel avenir?
Cet avenir se joue avec plusieurs projets qui font l'actualité :
Le plan de mobilisation des transports de la Région Il-de-France (18.5 Mds d'€), qui prévoit notamment un métro périphérique, Arc Express (6 à 8 Mds d'E) : Voir la vidéo
Le projet du Grand Paris, voté à l'Assemblée nationale le 1er décembre, qui prévoit un super métro automatique de 140 km en grande couronne parisienne (le "grand huit"), avec 40 gares reliant 7 pôles de développement économique, dont la Défense. Voir la carte
Le projet d'extension du périmètre de La Défense sur les 4 communes limitrophes, avec fusion de l'EPAD (établissement de La Défense) et de l'EPADSA (établissement de Nanterre), soit une superficie multipliée par 5 pour un projet de 1 million de m² de bureaux supplémentaires. Voir le projet
Parole est donnée aux intervenants - experts avant un temps de débat avec la salle.
Michel
Guillot, historien
suresnois,
le rapelle, c'est l'observation du terrain et la réflexion
autour du devenir de la banlieue qui a conduit à la première
élaboration du projet du « Grand Paris »
par Henri Sellier et de ses amis politiques, concrétisé
par la construction des cité-jardin tout autour de Paris.
L'idée, abandonnée par la gauche, a été habilement récupérée par le Président de la République dans une visée politique et politicienne.
Pour Paul
Chémétov, architecte
– urbaniste, président du conseil scientifique chargé
de superviser la consultation internationale sur l’avenir du Paris
métropolitain,
impliqué en amont du projet du Grand Paris, la bonne méthode
« métropolitaine » consiste en effet à
d'abord partir de l'existant et des problèmes identifiés.
Ce n'est pas le chemin pris par le projet du grand huit de Christian Blanc (métro de 140 km en grande couronne parisienne) dont le coût (25 Mds d'€, soit l'équivalent de 650 km de tramway) ne prend pas en compte les besoins de logements, d'équipements et de services de proximité, et saute au moins une génération (échéance de 2025).
La logique de place financière ou de rentabilité accrue d'une mince partie de la population active n'est pas durable, et est même cynique.
Il aurait été plus pertinent de partir de projets donnant de la continuité à ce qui existe aujourd'hui, pour mieux mailler le territoire. Toutes les études faites sur la ville de l'après-Kyoto le disent : les projets n'aboutissent pas sans la mobilisation de la société. Le projet Blanc se prive ici des moteurs nécessaires.
L'idée initiale du Grand Paris, - un territoire où sont pris en compte l'ensemble des enjeux de la vie de tous les habitants, et où chaque espace a sa pleine légitimité et participe à la logique de système -, a motivé la création de la conférence métropolitaine puis de Paris métropole, sous l'impulsion de Bertrand Delanöe. Paris métropole, syndicat mixte regroupant des collectivités (communes, département, région), vise à construire une nouvelle gouvernance, une vraie stratégie territoriale cohérente au service des habitants, pour mieux lutter contre les inégalités territoriales, et limiter l'étalement urbain.
Cette démarche est en totale contradiction avec le projet du Gouvernement, où l'on décide d'une métropole nouvelle en commençant par le réseau de transport. Priorité y est mise sur le développement de pôles économiques sans se poser les questions relevant de l'intérêt général : « où on vit, comment on vit, où on travaille, où on s'éduque? ». Et sans qu'1 € de financement soit dégagé, la seule « valorisation » des biens fonciers acquis étant avancée.
Une autre stratégie était possible, d'ailleurs préconisée par le rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale Gilles Carrez (UMP), à partir des réseaux de transport existants et de la réalisation du plan de mobilisation des transports de la région, adopté par l'ensemble des départements et notamment des Hauts-de-Seine. Le passage en force du Président de la République participe en fait d'une stratégie politicienne plus vaste qui vise à mettre les élus dans une plus grande dépendance vis-à-vis de l'Etat et rendre plus difficile l'exercice de leurs compétences issues de la décentralisation.
Les
associations environnementales, associées à
l'élaboration du schéma d'aménagement régional
(SDRIF), sont aujourd'hui très mécontentes du manque
d'écoute entourant le projet du Grand Paris, fait valoir
Michel
Riottot, président
d'Environnement 92 et vice-président d'Ile-de-France
Environnement.
Les grandes résolutions de Nicolas Sarkozy en matière de bonne gouvernance, actées lors du Grenelle de l'environnement, ont été totalement oubliées. Le Grand Paris se contruit ainsi en dehors de tout diagogue avec les élus, les habitants et les associations, actant le retour à l'époque Haussmanienne.
Pour
Hélène
Perrin-Boulonne, économiste,
le projet Blanc pèche par le manque de synergies entre les
pôles de développement économique et les
habitants.
Si les quartiers d'affaires génèrent beaucoup de richesses, à l'instar de La Défense, (90 Mds d'€ contre 420 Mds€ pour l'Ile-de-France), ils produisent aussi des externalités d'autant plus fortes que sont mal pris en compte les besoins de services, de transports et de logements de la population qui y vit sur ces territoires et qui y travaille. De plus, la richesse créée ne bénéficie pas à la population qui vit sur ces territoires.
A Paris, les chefs de restauration se plaignent de ne plus pouvoir recruter car la main d'oeuvre se trouve trop loin en termes de transports. Ce « blocage économique » motive notamment les critiques du Medef vis-à-vis du projet du Grand Paris de Christian Blanc.
Les « clusters » économiques peuvent impulser de la création économique pour autant qu'il y ait une vraie mixité des activités et de l'habitat, comme à Londres ou Montréal. Or, dans ce projet, l'aspect économique est quasiment absent. L'hyper concentration de La Défense n'est pas forcément un projet économiquement soutenable, et encore moins écologiquement viable. Il faut réintroduire du logement, y compris dans l'intérêt des entreprises elles-mêmes.
Ariane
Azema, conseillère
chargée de la décentralisation et du développement
économique à la Région Ile-de-France,
s'est attachée à démontrer les différences
entre le projet gouvernemental et le projet régional, encore
bloqué par l'Etat.
Dans le projet Blanc, l'Ile-de-France est un champion national, une locomotive où les questions des transports en commun, des habitants et de la concertation sont logiquement très secondaires. Comme dans les années 60, la cible principale est l'actif, voire le super actif. La question des arbitrages disparaît pour ne laisser aux élus qu'une faible marge de négociation sur les modalités d'accueil d'un projet d'envergure nationale décidé d'en haut (gare, cluster).
Dans le projet du SDRIF, l'enjeu ce sont les franciliens et les franciliennes, dans un cadre devenu européen. Quatre ans de concertation en amont, avec les collectivités, les partenaires associatifs et économiques, ont permis d'aboutir à un consensus et à des décisions collectives en termes d'implantation de logements, d'activités ou de transports, montrant que les élus, loin de l'image archaïque qu'en donne le Président de la République, savent prendre leur destin en main.
En termes de gouvernance, au moment où l'on s'est arrêté au milieu du gué de la décentralisation, l'Etat joue ici davantage les perturbateurs que l'accompagnateur.
Xavier
Iacovelli, président
du groupe Suresnes Terre d'Avenir,
conclut en remerciant les intervenants d'avoir permis un débat
qui n'existe pas au sein du conseil municipal de Suresnes, le maire
préférant s'exprimer par voie de presse sur l'extension
de La Défense jusqu'à notre coeur de ville.
Quelles conséquences pour nos impôts, notre vie, nos commerces, nos logements, notre environnement?
La région Ile-de-France, quant à elle, a mené une concertation de 4 ans avant de décider de son schéma d'aménagement. A Suresnes, les élus n'ont même pas droit à un mot. Voilà la différence fondamentale entre la droite et la gauche, cette concertation nous voulons la mettre en place demain, à Suresnes, avec et pour les citoyens.
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